Ce polar nous décrit la descente aux enfers de ce tueur à gages qui perd le contrôle de son existence et navigue de catastrophes en catastrophes. Malgré son activité détestable, Martin devient au cours de la lecture un personnage totalement fascinant que l'on ne veut plus lâcher.

C'est l'un des tours de force de ce roman : Martin nous fascine car l'on ne sait que peu de choses sur sa façon d'appréhender les évènements. L'histoire passe vite, on est souvent surpris, et le style y est pour beaucoup. Ce dernier est factuel, court, voire tranché : c'est très brutal, et aucune place n'est faite à l'imagination. Ça n'est pas pauvre pour autant : J-P. Manchette sait très bien exprimer en une phrase ce qui nécessiterait une page pour d'autres.

Et est-ce que tu penses que le jazz peut encore progresser ? Moi personnellement j'ai des doutes […] quand je vois à quoi aboutissent des mecs qui semblaient prometteurs, comme Marion Brown ou plus près de nous Chico Freeman. Entre le néant et le chagrin, j'aime mieux le lard, comme disent les Auvergnats.

Un livre que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire, avec une fin plus que surprenante, aux relents nihilistes, empreinte de fatum. On ne sort pas indifférent de la lecture de ce bouquin. On reste coi cinq minutes, à errer dans son appartement, à se demander pourquoi.