Dell et Berner sont les jumeaux d'une famille américaine de classe moyenne, installés dans le Montana. Leur vie va prendre un tournant définitif lorsque leurs parents, ancien militaire et professeure, décident de braquer une banque afin de rembourser des dettes contractées lors d'affaires pas nettes.

Canada décrit l'histoire de Dell, jeune homme d'une quinzaine d'années séparé de ses parents et de sa sœur suite à ce braquage. Alors que sa sœur Berner décide de fuguer, Dell suit les conseils de sa tante Mildred, et s'échappe pour le Canada afin de travailler au service d'Arthur Remlinger, un atypique et mystérieux directeur d’hôtel.

Dans ce monde, il y a deux sortes de gens, a dit Mildred. Oui, enfin, il y en a de toutes sortes. Mais au moins deux : ceux qui comprennent qu'on ne sait jamais ; et puis ceux qui pensent qu'on sait toujours. Moi, j'appartiens au premier groupe, c'est plus sûr.

On assiste à travers les yeux de Dell à la description d'une Amérique puis d'un Canada révolu, des années 60, dont on sent l'auteur nostalgique. Le parti est pris de ne pas nous donner d'autres informations contextuelles que celles que nous livre Dell au travers de ses réflexions. Nous devinons les pensées et attitudes des autres personnages grâce aux descriptions que nous en fait Dell. Cela procure au lecteur une immersion totale dans l'histoire, ainsi qu'une compréhension profonde des désillusions successives du jeune adolescent. Car ce roman est aussi un « cap sur le néant », sur les fausses idoles et les figures que l'on pourrait croire importantes ou mystérieuses mais qui ne le sont pas.

L'écriture est agréable, avec de très belles tournures, manquant parfois de rythme et nous fournissant beaucoup de détails qui, s'ils nous permettent de nous plonger dans l'univers de Dell, ralentissent considérablement l'action. Cela fait de Canada un roman très descriptif, à l'action très lente, pouvant décourager le lecteur impatient qu'il m'arrive d'être.

Ce roman a bien été accueilli par la critique, et il a reçu bien des prix littéraires. J'ai apprécié sa lecture, mais il ne restera pas si longtemps dans ma mémoire : il m'a manqué du rythme, mais les personnages, particulièrement le narrateur, sont assez finement décrits et analysés pour être crédibles et touchants : on comprend les réactions du jeunes Dell, ainsi que les erreurs et désillusions de l'adolescence.